EXAMEN FINAL MACROÉCONOMIE L1

Partie III — Modèle IS-LM

Corrigé détaillé — Trappe à liquidité, piège classique et policy-mix

ÉNONCÉ

Courbes IS

IS₁ : Y = 240 − 40i
IS₂ : Y = 490 − 40i
IS₃ : Y = 980 − 40i

Courbe LM (par morceaux)

• i = 2 si Y ≤ 250 (trappe à liquidité)
• Y = 100 + 75i si 250 < Y < 700 (zone intermédiaire)
• Y = 700 si Y ≥ 700 (zone classique)

Courbe LM' (expansion monétaire)

• i = 2 si Y ≤ 350
• Y = 200 + 75i si 350 < Y < 700
• Y = 700 si Y ≥ 700

Questions

Q10. Tracer IS et LM (1 pt)

Q11. Calculer E₁ (IS₁ ∩ LM). Dans quelle zone ? Implications ? (2 pts)

Q12. Calculer E₂ et E₃. Comparer l'effet d'éviction. (3 pts)

Q13. Chocs et compensation — économie en E₂, contraction IS₂→IS₁ (4 pts)

  • a) Nouvel équilibre sans intervention
  • b) BC réagit : LM → LM'. Y a-t-il compensation ?
  • c) Leçons zone euro, BCE 2015-22, critique E₃ prix fixes

GRAPHIQUE — Modèle IS-LM avec 3 équilibres

Q10-11. LECTURE GRAPHIQUE & ÉQUILIBRE E₁

Méthode : Tester d'abord la trappe (i = 2) en reportant dans IS₁ :
Y = 240 − 40×2 = 240 − 80 = 160
Vérifier que Y ≤ 250 ✅ → L'équilibre est bien dans la zone trappe.
Résultat : E₁ = (Y = 160 ; i = 2%) — Zone : trappe à liquidité

Implications économiques

  • Politique monétaire INEFFICACE : le taux est déjà au plancher, segment horizontal de LM. Toute augmentation de l'offre de monnaie laisse i et Y inchangés.
  • Politique budgétaire TRÈS efficace : aucun effet d'éviction (i reste constant), multiplicateur keynésien à plein.
  • Sous-emploi sévère : Y = 160 représente 77% en dessous du plein emploi (Y_PE = 700).

Q12. ÉQUILIBRES E₂ ET E₃

Équilibre Résolution Y* i* Zone
E₂ IS₂ = LM zone 2 :
490 − 40i = 100 + 75i
390 = 115i
i = 390/115
354 3,39% Intermédiaire
E₃ IS₃ = LM zone 2 :
980 − 40i = 100 + 75i
880 = 115i
i = 880/115
674 7,65% Intermédiaire
(N'atteint pas 700 !)

Analyse de l'effet d'éviction

  • E₂ : éviction partielle — Le revenu monte de 160 → 354, et le taux d'intérêt augmente modérément de 2% → 3,39%. L'effet d'éviction existe mais reste limité.
  • E₃ : éviction PLUS FORTE — Le taux monte de 2% → 7,65% car la LM devient plus pentue quand on approche de la contrainte d'offre. L'effet d'éviction est beaucoup plus marqué.

Q13a. CHOC BUDGÉTAIRE NÉGATIF : E₂ → ?

PIÈGE CLASSIQUE — Erreur fréquente

On garde « par réflexe » la LM intermédiaire (celle utilisée pour E₂) et on résout :

IS₁ = LM zone 2 ⇔ 240 − 40i = 100 + 75i
140 = 115i
i = 140/115 ≈ 1,22% ; Y ≈ 191
Pourquoi c'est FAUX :

Le taux obtenu i = 1,22% est INFÉRIEUR au plancher de la trappe (i = 2%). C'est économiquement impossible : en dessous de ce taux, les agents préfèrent détenir de la liquidité plutôt que des titres — la demande de monnaie devient infinie, le taux ne peut pas descendre plus bas.

La LM à ce niveau de revenu n'est PAS le segment intermédiaire : c'est le segment HORIZONTAL (zone 1). Une lecture graphique le montre immédiatement : IS₁ coupe LM dans la partie horizontale, pas dans la partie croissante.

Méthode correcte : Toujours TESTER LA TRAPPE EN PREMIER.
Avec i = 2 : Y = 240 − 40×2 = 160
Vérifier : Y = 160 ≤ 250 ✅
La résolution graphique le montre immédiatement.
Résultat : Retour en E₁ = (160 ; 2%)
Impact : Choc dévastateur → ΔY = 160 − 354 = −194 (−55%)
Bascule dans la trappe à liquidité.

Q13b. LA BC RÉAGIT : LM → LM' — COMPENSATION ?

Test : Avec LM', la trappe s'étend jusqu'à Y ≤ 350.
Test i = 2 sur IS₁ : Y = 240 − 80 = 160
160 ≤ 350 ✅ → reste en trappe
L'équilibre demeure (160 ; 2%). L'expansion monétaire n'a strictement aucun effet sur Y ni sur i.
Conclusion : NON, la politique monétaire NE COMPENSE PAS le choc. La demande (IS) est trop faible, la liquidité supplémentaire ne sert à rien.
Métaphore keynésienne : « Pousser sur une ficelle ». La banque centrale peut TIRER (resserrer = efficace, on remonte les taux), mais elle ne peut pas POUSSER (relancer en trappe = inefficace, on ne peut pas baisser les taux en dessous du plancher).

Q13c. LEÇONS ZONE EURO, BCE 2015-2022, CRITIQUE E₃

Trois leçons

  1. Trappe à liquidité généralisée en zone euro post-2008.
  2. PM agit indirectement (canal du taux cassé) vs PB qui agit directement sur la demande.
  3. Contraintes UE : règles budgétaires (3% déficit / 60% dette), pas de PB fédérale forte → sortie de crise lente.

Nuance importante — Effet richesse

La trappe n'est pas parfaitement horizontale grâce aux effets de richesse (effet Pigou, valorisation d'actifs). La PM ultra-expansionniste peut stimuler via :

Liquidité abondante → hausse prix d'actifs (actions, immobilier) → effet richesse → consommation des détenteurs d'actifs

MAIS l'élasticité est très faible : il faut regonfler MASSIVEMENT les bulles pour un effet modeste sur l'économie réelle.

Conséquences observées (BCE 2015-22, Fed, BoJ)

  • Explosion des cours boursiers et de l'immobilier
  • Creusement des inégalités (les riches détiennent les actifs)
  • Fragilité financière (nouvelles bulles)
  • Effet sur l'économie réelle limité — investissement productif stagne
  • Paradoxe : la PM « fonctionne » techniquement via les bulles, mais crée plus de problèmes qu'elle n'en résout

Policy-mix optimal

Phase 2010-2013 : PB EXPANSIONNISTE (relance budgétaire) + PM accommodante (taux bas pour ne pas freiner). Puis consolidation graduelle quand la reprise est installée.

La crainte de l'endettement a fait pencher vers l'austérité — résultat : sortie de crise plus lente que prévue (cf. Partie II : multiplicateur asymétrique, auto-défaite d'Alesina).

Critique de E₃ (hypothèse prix fixes)

IS-LM suppose les prix fixes — hypothèse valide en sous-emploi (E₁, E₂) mais discutable quand on approche du plein emploi (E₃ ≈ 674, proche de 700).

En réalité, avant Y_PE, on bascule dans un régime inflationniste : les prix montent, pas seulement i. IS-LM prix fixes devient invalide — il faut passer au modèle OG-DG.

RÉCAPITULATIF DES ÉQUILIBRES

Point Y i (%) Zone LM PM efficace ? PB efficace ?
E₁ 160 2,00 Trappe ❌ Non ✅ Très efficace
E₂ 354 3,39 Intermédiaire ✅ Oui ✅ Oui (éviction partielle)
E₃ 674 7,65 Intermédiaire ✅ Très efficace ⚠️ Limitée (forte éviction)
E₂' (faux) 191 1,22 ❌ Impossible i < plancher → ERREUR

MORALE DE L'EXERCICE

La résolution graphique est INDISPENSABLE avant de se lancer dans le calcul

Elle révèle le segment de LM pertinent et évite les pièges. Sans ce réflexe, on résout un système algébriquement cohérent mais qui décrit un état économiquement impossible (ici i < 2%).

Toujours tester la trappe en premier — c'est la zone la plus contraignante et la plus fréquente en période de crise.