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Social libéralisme et théorie du ruissellement.

La théorie du ruissellement est liée à la courbe de Kuznets. Cette courbe lie le développement économique et les inégalités. Au début du développement économique, il y a peu d’inégalité car tout le monde, ou presque, est pauvre. Les premières manifestations du développement économique correspondent à une montée des inégalités. Certains profitent de nouvelles opportunités et laissent derrière eux ceux qui n’y parviennent pas. Mais la formation d’une petite bourgeoisie doit permettent de favoriser la croissance économique en favorisant l’investissement productif et à termes le développement qui doit se traduire par une réduction des inégalités, la croissance profitant à plus en plus de monde.

Sources : Alternatives économiques

La théorie du ruissellement considère que la montée des inégalités est un passage obligé pour assurer le développement économique à moyen long terme. On pourrait résumer en disant pour une grande part de la population ça va être relativement plus dur, mais c’est le prix à payer pour que ça aille mieux plus tard. Cette théorie était en vogue dans les années 1950 60 mais elle a commencé à être remise en cause durant les années 1970 pour des raisons politiques. On commençait à s’inquiéter de la montée des inégalités en raison de l’instabilité sociale que cela pourrait créer. Mais au début des années 1990, la doctrine à la Banque Mondiale a évolué pour retourner à la théorie du ruissellement. Les craintes liées à une alternative possible au Capitalisme semblaient dépassées (chute du mur de Berlin, fin de l’Histoire). Dans l’ère du Capitalisme triomphant, les préoccupations autours des inégalités ont été relativement abandonnées. Les politiques de développement ont été centrées sur les facteurs favorables à la croissance même si cette dernière devait s’accompagner d’une forte augmentation des inégalités sociales et de conséquences irréversibles sur l’environnement.

Ce credo n’a pas été cantonné aux politiques économiques visant les pays en développement. Dans le cadre des politiques néo-libérales, cette doctrine a été mise en œuvre dans les pays avancés. L’objectif est toujours le même favoriser : la croissance à tout prix, y compris en réduisant fortement la sphère d’intervention tradition de l’Etat à travers les politiques conjoncturelles ou de la production à travers de larges services publiques (politique de privatisation, augmentation des restes à charges). L’objectif réduire les coûts de production du secteur privé en réduisant les prélèvements associés aux dépenses publiques et aussi en réduisant la sphère non-marchande. Il s’agit également d’activer les incitations de marché. Si les gens veulent s’en sortir mieux, ils n’ont qu’à travailler plus. On passe à une logique de welfare à une logique de workfare (pour faire court).

Ces évolutions ont conduit à une montée des inégalités de la majorité des pays avancés qui suivaient le chemin précédemment empruntés par les pays en développement.

La France occupe une place particulière de ce point de vue puisque les inégalités ont été plus contenues qu’ailleurs. Mais cela s’est traduit par une montée des déséquilibres financiers de l’Etat. Ces déséquilibres font plainer le doute sur la pérennité du système de protection social à la française ce qui créer une anxiété globale et une moindre acceptation de l’impôt. D’autant que si les inégalités pécuniaires semblent avoir étaient contenues, les inégalités non directement pécuniaires se sont accrues : réduction de services publiques sur les territoires et mode de vie remise en question en raison de la montée des préoccupations écologiques (gilets jaunes entre autre).  

Le social-libéralisme constitue l’une des prémices de la théorie du ruissellement que l’on pourrait résumer de manière simpliste en disant pour être vraiment de “gauche”, il faut accepté d’être de “droite” car la montée des inégalités à venir va permettre de les réduire dans le futur en améliorant les conditions de la majorité. Appliqué au marché du travail, il faut accepter de mettre en place des politiques structurelles d’assouplissement du marché du travail. Dit autrement, il faut accepter de réduire les garanties des travailleurs afin de réduire le coût du travail et permettre à ceux qui ont une faible productivité d’entrer sur le marché du travail et finalement réduire les inégalités.

Une illustration avec le graphique sur le marché du travail serait bien ici. J’ai la flemme de le refaire. Vous avez dû le prendre lors de la dernière séance.

La doctrine officielle est qu’il y aurait une préférence collective pour le chômage, c’est-à-dire que les insiders ceux qui sont en emplois préfèrent défendre leur qualité d’emploi au détriment des outsiders ceux qui ne peuvent obtenir un emploi en raison des barrières fixés par les salariés qui défendent un statut élevé.  Dans le cadre des réformes du marché du travail, la codification des conflits aux prudhommes qui réduit apriori la sécurité des employés doit permettre de réduire l’incertitude juridique des employeurs et limiter les coûts lies aux conflits sociaux. De cette manière, les entreprises devraient être incitées à employer plus de salariés. La philosophie globale peut être résumée ainsi : pour pouvoir employer plus aisément, les entreprises doivent pouvoir licencier plus facilement.   

L’arbitrage à réaliser est le suivant, soit conserver des droits élevés pour les salariés français en comparaison de ce qui se fait à l’étranger et exclure une partie de la population active en raison de sa trop faible productivité. Ou bien maintenir les droits élevés en continuant d’exclure les moins bien formés. Si on a en tête que l’une des causes principales de pauvreté c’est l’inactivité, permettre à plus de gens de reprendre un emploi même avec des garanties moindre permettrait sans doute d’améliorer leur situation.  Ceci pourrait être du bon sens lorsqu’on raison en statique sans tenir compte des conséquences de cette trajectoire. Le risque c’est de voir montée les inégalités salariales ainsi que la précarité en emploi. Cette tendance est belle et bien présente à travers la généralisation des recourt aux emplois de courte durée.

Quelles sont les limites du social-libéralisme et de la théorie du ruissellement.

Les sociétés où les inégalités ont fortement augmenté ne semblent pas décrire de trajectoire automatique vers une réduction des inégalités. Bien au contraire, les inégalités s’accroissent lorsqu’elles sont déjà fortes. La courbe de Kuznets semble invalidée par les faits. Les riches font sessions du reste de la société. Les orientations des politiques publiques sont fortement influencées par les groupes sociaux dominants qui sont souvent les mieux dotés financièrement. Les investissements permettant une réduction des inégalités sont donc loin d’être prioritaires. Les inégalités tendent donc à s’accroître. Pour un libérale, ces inégalités ne sont pas forcément mauvaises puisqu’elles doivent inciter les individus insatisfaits à travailler plus pour s’élever dans la hiérarchie sociale. Ce raisonnement pourrait parfaitement se tenir si les sociétés étaient caractérisées par une forte mobilité sociale. Ce que l’on constate au contraire, c’est que les conditions sociales à la naissance structurent fortement la destinée sociale des individus. D’un certain point de vue, l’idéal républicain de la méritocratie disparait. On retourne à une société d’ancien régime où sauf accident, on occupe une position sociale qui est largement déterminée par celle de nos parents. C’est tout l’enjeu sur l’Ecole (La préférences pour les inégalités) comme institution de mobilité/reproduction social alors que le contrat social en France repose également sur le principe méritocratique.  

Second point, dans une société où la destinée des individus semble irrémédiablement tracée, la position des uns et des autres apparait moins légitime et les possibilités de coopération au sein de la société se réduisent tandis que les zones de conflits s’accroissent. Le lien social se distend, la société et finalement l’économie fonctionnent moins bien. Paradoxalement, la théorie du ruissellement qui recherche la croissance maximale semble se heurter à un seuil où les inégalités apportent plus d’inconvénients que d’avantages à la croissance.

Une des facteurs essentiellement de la croissance sur le long terme sont les gains de productivité du travail. Ceux-ci sont très faibles depuis une 20 d’années laissant entrevoir un lien entre la montée des inégalités, la réduction des coopérations dans la société et la réduction des gains de productivité. (Hypothèse à vérifier)   Mais globalement, il semble exister un seuil au-delà duquel le gain des inégalités en termes d’incitation au travail disparaît car il est plus que compenser par les tensions sur les liens sociales. Ce seuil semble atteint dans de nombreux pays ce qui se traduit par une montée de la conflictualité. Le problème est que la doctrine social-libérale et la théorie du ruissellement constituent les logiciels de base du pouvoir actuel. Mais récemment la directrice du FMI s’est inquiétée publiquement de la montée des inégalités.  

Dernier point sur la courbe de Kuznets, la réduction des inégalités semblent automatiques. Dans le régime de croissance fordien, on évoque la fable de Ford. Les salaires auraient été augmentés par les entreprises car cela aurait permis de former des débouchés pour ces mêmes entreprises. La réalité est légèrement différente. L’augmentation des salaires a été obtenue après de nombreux conflits sociaux, pas de manière automatique. Si on prolonge la réflexion, les inégalités contemporaines ne se résoudront pas d’elles-mêmes mais à travers à des conflits sociaux et politiques à la manière du Brexit, des gilets des jaunes et autres montée de fièvres “populistes”. Le divorce entre les “élites” et le “peuple” portant sur les différentes manières de voir le monde …

La crise politique actuelle doit trouver une solution politique permettant une répartition des richesses plus équitables donnant lieu à une réduction des inégalités. Mais l’absence de gouvernance inclusive de l’économie mondiale. Les conflits d’intérêts des Etats, y compris au sens de l’union européenne laissent peu d’espoir à court terme. Peut-être le renouvèlement des modes de fonctionnement démocratique permettant une meilleure communication entre les différentes sphères de la société permettrait-il une amélioration de la situation. Mais les contraintes liées à la mondialisation demeurent très pesantes. Un referendum d’initiative populaire à l’échelle planétaire semble quelque peu utopique. Mais le pire n’est jamais certain.  

PS. Une articulation avec Bentham et Rawls aurait pu être envisagée. Les inégalités ne sont pas négatives dès lors qu’elles permettent à ceux qui ont le moins d’avoir le plus.